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L. Benchabane: “Je dois beaucoup à l’arbitrage “

L'instructeur FIFA a partagé son expérience avec les stagiaires. ©KK/FTF

Le stage d’arbitrage FIFA beach soccer s’est terminé mercredi 18 octobre. Avant son retour pour la France, Lakhdar BENCHABANE, l’ancien arbitre international et instructeur qui a animé la formation, a bien voulu répondre à nos questions  et nous livrer ses impressions sur le beach soccer polynésien.

 Bonjour Lakhdar, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Lakdar BENCHABANE, ancien arbitre international de football à 11, j’étais assistant et j’ai officié 8 ans en tant qu’arbitre international FIFA. Quand j’ai fini ma carrière, je suis passé au beach soccer, que j’ai découvert en 2002, et j’ai arbitré 3 Coupes du monde au Brésil avant que la discipline passe sous le giron de la FIFA.

Depuis quand es-tu instructeur ?

Je suis passé « de l’autre côté de la barrière » en 2005, j’étais responsable des arbitres pour Beach Soccer World Wide (BSWW) puis j’ai intégré la FIFA en tant qu’instructeur 2 ans plus tard, en 2007, lorsque celle-ci a commencé à mettre en place un pool d’instructeurs. Je faisais donc partie des premiers instructeurs qui ont été mis en place.

Combien-y-at-il d’instructeurs beach soccer aujourd’hui ?

Au début nous étions une vingtaine mais ça s’est considérablement réduit depuis du fait qu’il n’y ait pas de cours partout et qu’il y ait pas mal d’anglophones. Je pense que nous devons être une douzaine aujourd’hui et je suis un des seuls francophones qui fait quasiment tous les séminaires FIFA francophones.

Es-tu déjà venu en mission à Tahiti ?

Oui, j’en suis à mon 5ème séjour. La première fois c’était en 2006 à Moorea pour le tout premier tournoi qualificatif de la zone Océanie pour la Coupe du monde de beach soccer. Par nostalgie je suis retourné voir le terrain sur lequel on avait organisé le tournoi en 2006 et j’ai constaté qu’il n’a plus rien à voir avec ce qu’il était à l’époque malheureusement. Il y a beaucoup de nostalgie parce que ça fait déjà 11 ans que je suis venu, aujourd’hui c’est la 5ème fois et c’est toujours avec grand plaisir que je suis là.

En 2006, le terrain de beach soccer de Temae à Moorea avait accueilli les premières qualifications de la zone océanie pour le mondial. ©KK/FTF

Quels étaient les principaux thèmes sur lesquels tu as insisté avec les stagiaires au cours de ces 5 jours de formation ?

Comme dans tous les stages, il y a différents niveaux de stagiaires et ce stage était d’autant plus particulier car nous avions des joueurs de la sélection des Tiki Toa et cela a apporté un plus à ce séminaire parce qu’ils nous ont fait part de leur expérience et leur vécu qui n’a rien à voir avec l’arbitrage.

Il y avait donc plusieurs niveaux et j’étais donc obligé de retracer toutes les lois du jeu, de la Loi 1 à la Loi 17, pour expliquer tous les tenants et aboutissants.  Nous sommes ensuite rentrés plus en profondeur avec les situations particulières comme les retournés acrobatiques, les surfaces de réparation, les coup francs spécifiques au beach soccer. On travaillait en salle le matin puis on répétait sur le terrain l’après-midi pour bien comprendre ce qu’on avait vu le matin.

Comment as-tu trouvé les stagiaires polynésiens ?

Très bons, très positifs. Bien sûr, comme dans tous les stages il y a des niveaux très différents entre chaque participant. Il y’en a qui sont très attentifs, très passionnés, très désireux d’apprendre et d’écouter. Puis il y’en a d’autres qui sont un peu décrochés parce que physiquement c’est un peu compliqué, ou parce qu’ils ne sont pas forcément arbitres, ils sont là parce qu’ils veulent apprendre les lois du jeu. Il y a beaucoup d’informations à emmagasiner en même temps donc forcément il y a plusieurs niveaux.

Dans l’ensemble c’était très intéressant parce que très participatif, les stagiaires ont posé beaucoup de questions, il y avait beaucoup d’échanges.

Quelles sont tes préconisations pour le développement de l’arbitrage en Polynésie française ?

En Polynésie c’est un peu particulier parce que le territoire est parsemé d’îles et je pense donc qu’il y a un gros boulot à faire au niveau des îles. C’est un peu compliqué parce qu’il faut aller dans les îles et amener le savoir mais je constate que le travail est déjà bien entamé avec notamment l’organisation de 3 grands tournois de beach soccer comme le Miri Miri Beach Soccer à Raiatea, le Festival des îles et l’OPT Beach Soccer Tour à Tahiti.

C’est déjà très bien mais je pense qu’il faudrait encore 2 tournois de plus. Je sais aussi qu’avec le football et le futsal, c’est compliqué de tout faire mais je pense que Tahiti est sur la bonne voie.

Maintenant ce qui me gêne un peu, et je l’avais déjà dit aux responsables, c’est qu’il n’y ait pas d’arbitres FIFA alors que l’équipe nationale est au top depuis 4 ans. Je pense que c’est en passe d’être réglé et j’espère que ça va ouvrir la voie à d’autres arbitres. C’est pour ça que ces séminaires-là sont importants pour eux s’ils veulent pouvoir intégrer le plus haut niveau rapidement.

Il faut aller un peu plus dans les îles où on pourrait implanter le beach soccer et former des arbitres pour qu’ils soient ensuite très intéressés à venir sur Tahiti pour les grands tournois.

As-tu décelé chez certains stagiaires des qualités qui pourraient les amener à devenir arbitre FIFA ?

Il y en a un qui a été proposé et je pense qu’aujourd’hui c’est le meilleur aussi bien techniquement que physiquement, il est également très assidu et pose beaucoup de questions intéressantes lors des cours théoriques. Il est presqu’au top aujourd’hui et s’il est nommé il va falloir qu’il fasse les efforts pour être sûr de réussir les tests mais je n’en doute aucunement au vu de ses qualités.

La présence des joueurs des Tiki Toa a apporté un plus à la formation selon l’instructeur. ©KK/FTF

Tu es aujourd’hui un expert qui sillonne le monde et prend part aux plus grandes compétitions de beach soccer, peux-tu nous dire un mot sur les Tiki Toa, notre équipe nationale ?

Ça fait 15 ans que je suis dans le beach soccer et je n’ai jamais vu une progression aussi fulgurante d’une équipe nationale, en dehors peut être de la Suisse. C’est d’ailleurs un bon exemple puisqu’Angélo SCHIRINZI, l’entraîneur suisse, est venu ici pour parfaire l’équipe des Tiki Toa en 2013. J’ai rarement vu une équipe aussi forte, aussi soudée et, qui plus est, capable de progresser et atteindre le summum en si peu de temps.

J’étais aux Bahamas, les Tiki Toa étaient en finale et sont tombés sur une très grosse équipe du Brésil, c’était très compliqué. Au Portugal c’était pareil, ils sont tombés sur une équipe locale qui était soudée et forte. A Tahiti ils avaient été éliminés en demi-finale et ont appris de cette expérience pour devenir plus fort en 2015 et 2017.

Malheureusement il y a un cycle qui se termine, il y a d’es joueurs qui vont arrêter mais j’espère que pour la prochaine Coupe du monde en 2019 (on ne sait pas encore où est-ce qu’elle se jouera) cette équipe de Tahiti continuera sur cette voie.

Cette équipe de Tahiti a fait plaisir au monde entier. Quand on voit la fraîcheur qu’a cette équipe et le jeu qu’elle développe, je tire mon chapeau à Teva (Zaveroni) et Naea (Bennett), mais également à tout le staff de la FTF qui a mis les moyens pour que l’équipe aille à l’étranger plusieurs semaines pour se préparer. Tout ça ce n’est pas rien lorsqu’on le reporte au niveau mondial, c’est fabuleux.

Après est-ce que ça va être comme ça à toutes les Coupes du monde ? On en est pas sûr, on sait très bien que toutes les équipes au top ont des hauts et des bas.

Une dernière question, sur le plan personnel, peux-tu nous dire ce que l’arbitrage t’a apporté ?

Je ne dirai pas tout, mais presque. Je ne dirai pas tout parce que forcément chacun a sa vie personnelle mais j’ai démarré l’arbitrage très tôt et j’ai 2 enfants qui sont arbitres dont un qui est arbitre FIFA beach soccer et l’autre qui officie au football à 11 en Domino’s Ligue 2.

Entre les relations qu’on peut avoir, l’hygiène de vie irréprochable qu’il faut avoir et les règles de vie qu’apporte l’arbitrage, c’est une formation complète. On apprend le respect, on apprend la rigueur et beaucoup d’autres choses et ça, ça forge une personnalité, ça forge un homme.

J’étais un gamin quand j’ai démarré à 19 ans et je suis persuadé que l’arbitrage m’a tout apporté. Déjà sur ce côté-là des règles de vie comme je disais tantôt et puis après sur le plan relationnel. Pour ma part, je voyage beaucoup et rencontre donc diverses personnes, c’est hyper enrichissant dans une vie. Aujourd’hui, grâce à ça, outre le français et l’arabe qui sont mes langues natales, je parle couramment anglais et espagnol.

L’arbitrage m’a apporté beaucoup et je dois beaucoup à l’arbitrage. C’est pour ça qu’aujourd’hui, après avoir eu une carrière d’arbitre international, aussi bien au football qu’au beach soccer, je rends ce qu’on m’a donné et je le fais avec plaisir. Venir à Tahiti c’est fabuleux mais on me dirait d’aller à l’autre bout de l’Afrique ou je ne sais où, j’irai de la même manière. Je rends ce que j’ai emmagasiné, je donne mon expérience pour que ces jeunes-là puissent peut-être en bénéficier un jour à leur tour.

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