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MARAMA pour le Fenua ? Pourquoi pas !

 

Après n’avoir joué que dans le championnat de France, le Tahitien Marama Vahirua s’est installé en Grèce en début de saison. Le week-end dernier, il a connu deux belles émotions avec son premier but sous ses nouvelles couleurs et le tirage au sort de la coupe des Confédérations que Tahiti jouera face, notamment, à l’Espagne ! « La cerise sur le gâteau » d’une carrière après laquelle, il le promet, il retournera dans le Pacifique pour s’occuper des footballeurs tahitiens. Entretien.

 

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A 32 ans, Marama Vahirua souhaitait retrouver du temps de jeu. Chose faite en Grèce avec le FC Panthrakikos où il a un contrat d’un an. (Photos FC Panthrakikos Komotini)

 

Vous avez enfin marqué votre premier but avec Panthrakikos. On vous a vu exploser de joie ! Soulagé ?
C’est vrai que c’est toujours important pour un attaquant de marquer. Ce but, je ne l’attendais pas plus que ça. Je n’étais pas focalisé dessus à tous les matches. Mais il fallait bien qu’il arrive. J’ai vraiment bien été accueilli ici, donc je ne me suis pas cassé la tête à ce niveau-là. Je faisais mes matches. Il ne manquait plus que le but…

 

Les spectateurs grecs ont donc découvert la « pagaie » ; le geste est revenu tout seul ou vous l’aviez un peu oublié ?
Il est revenu naturellement ! Les supporters le connaissaient déjà, et ils me demandaient même quand j’allais le sortir ! C’est chose faite. Tout le monde est content.

 

Il a donc fallu attendre onze match avec Panthrakikos pour que vous marquiez, qu’est-ce qui n’allait pas jusque-là ?
Le niveau n’est pas le même qu’en France. C’était un peu plus compliqué pour moi car l’équipe avait davantage besoin de me services dans le jeu. Je ne pouvais donc pas être partout, pas en même temps être au cœur du jeu et devant pour marquer. Il a fallu un temps d’adaptation pour tout le monde. Mes coéquipiers attendaient aussi que je marque. Ils avaient une grande confiance en moi. Ça m’a aidé à ne pas faire une fixation sur ce but. Je n’étais pas là que pour marquer. Mon premier objectif était de bien m’adapter. Aujourd’hui, c’est chose faite. Le coach me fait confiance à 200%. Il faut surtout que ça continue !

 

« Il n’y a que deux clubs en Grèce et les autres partent toujours perdants contre eux »

 

Comment définiriez-vous le championnat grec qu’on connaît surtout à travers deux clubs comme l’Olympiakos et le Panathinaikos ?
Ici, il n’y a que ces deux équipes. Les autres sont très loin derrière. Ce n’est pas dans la qualité du jeu mais dans les esprits. Quand les autres clubs jouent l’Olympiakos, ils partent perdants avant le match. Pour eux, « c’est mort » avant même de jouer ! En France, quand le petit joue le gros, quand le dernier de Ligue 1 joue le PSG, l’idée c’est de se défoncer, de les battre. En Grèce, la mentalité est totalement différente. Et moi, je ne le supporte pas. Ma mentalité est de gagner tous les matches. Pas de les choisir. Au club, ils l’ont compris.

 

Avant d’accueillir l’AEK Athènes (13e) lundi prochain, votre club est actuellement 10e du championnat mais avec trois points d’avance sur le premier relégable. Vous regardez davantage derrière que devant, non ?
On se regarde surtout nous avant de regarder les autres. C’est un championnat un peu compliqué. On doit enchaîner les bons résultats comme on le fait actuellement. Il faut savoir qu’on part de loin. On a eu un début de championnat compliqué, on a changé de coach, changé de philosophie de jeu. Les choses se mettent bien en place maintenant. Et ce serait bien de regarder devant au classement. On a fait de bons résultats contre des équipes qui jouent le maintien. Lundi, contre l’AEK, il faudra continuer dans cette optique. Si ça marche, on pourra jouer autre chose que le maintien.

 

C’est la première fois que vous jouez à l’étranger, et on imagine que vous n’aviez pas fait de la Grèce un objectif. Alors pourquoi ce choix ?
Je voulais changer de championnat. Tout simplement. Avec mon agent, on s’est rendu compte qu’en France, on ne regarde plus la qualité mais l’âge du joueur. J’arrivais dans cette fourchette d’âge, dans cette catégorie de joueurs. On a décidé qu’il était temps pour moi de quitter le championnat de France après deux années blanches à Nancy et à Monaco. C’était devenu très dur pour moi de rester en France.

 

« Je ne suis pas venu pour l’argent, la crise est totale en Grèce »

 

Vous auriez pu privilégier une destination plus lucrative comme les Emirats arabes unis ou le Qatar…
Oui mais je voulais surtout jouer. Retrouver mon niveau. Avoir un challenge sportif. Le championnat grec est relevé, il y a un bon niveau de football. Je voulais jouer dans un championnat où je pouvais encore me faire remarquer avant de raccrocher les crampons. Ici, je m’éclate ! J’ai du temps de jeu. Je prends du plaisir à faire mon métier de footballeur. Je ne suis pas venu ici pour l’argent, bien au contraire ! Ici, c’est la crise totale !

 

Et si le Qatar vous tend la main ?
Si demain un club des Emirats ou du Qatar m’appelle, j’irais sans doute. Je ne suis pas stupide non plus. Mon premier objectif était de rejouer. C’est chose faite !

 

Votre cousin Pascal (ex-international) a, lui aussi, connu un seul club étranger et c’était, aussi, un club grec, l’Atromitos FC d’Athènes, de 1998 à 2001. Avez-vous échangé avec lui avant de faire vos valises pour la Grèce ?
(rires) Non, non ! Du tout. Ce n’est qu’après être arrivé ici que j’ai réalisé qu’il a fini sa carrière en Grèce. C’est le destin qui a voulu qu’on joue tous les deux ici. Ça m’a fait rigoler quand j’ai vu ça.

 

Comment se passe votre nouvelle vie ?
Je suis très heureux ! Je vis bien ici. Avec ma famille, on a été agréablement surpris de la vie en Grèce. Quand on a connu qu’un seul pays, ce n’est pas évident de tout quitter et d’aller dans un pays étranger où on ne parle presque pas l’anglais. On a très bien été accueilli. Le pays va mal, il est en crise, mais les gens ont une vie simple. J’aime ça. C’est comme dans les îles, on se contente du peu qu’on a pour vivre.

 

Vous avez un contrat d’un an. Pensez-vous prolonger l’aventure ?
J’espère la prolonger. Peut être pas avec Panthrakikos car au niveau financier ça risque d’être difficile pour eux. Mais j’aimerais bien rester en Grèce. Sans doute dans un club plus huppé même si avec la crise, les clubs riches ont également des soucis.

 

« J’ai définitivement tourné la page française »

 

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Vous imaginez un retour dans le championnat de France ?
Non ! Je ne pense pas. En venant ici, je savais bien que je tournais définitivement la page française. A 33 ans, ça m’étonnerait qu’on s’intéresse à moi. Surtout un attaquant. La France, c’est pas comme l’Italie où à 33 ans tu es encore jeune ! Un retour est donc compliqué.

 

Vous avez porté les couleurs de l’équipe de France chez les espoirs (6 sélections, 2 buts) mais on sait que vous rêvez de porter celles de Tahiti dans quelques mois. Pensez-vous que vous pourrez participer à la coupe des Confédérations en juin au Brésil ?
(il coupe) Oui ! De toutes manières, ça aurait déjà dû le faire. J’avais eu le coach en septembre pour les éliminatoires de la Coupe du monde 2014 afin de m’expliquer avec lui. Je n’avais pas pu y aller avec mon transfert en Grèce. J’avais eu l’autorisation de Nancy et du coach, Jean Fernandez, pour y aller. Mais quand j’ai été transféré en Grèce, mon nouvel entraîneur a refusé. Je voulais privilégier ma situation professionnelle avant d’honorer une sélection avec Tahiti. Mais là, j’ai déjà prévenu le club que pour les prochaines convocations, je partirai !

 

C’est un rêve qui va se réaliser ?
Ce n’est pas un rêve, c’est un devoir ! Porter le maillot de mon pays, c’est très important. J’ai porté ce maillot chez les jeunes pas chez les seniors.

 

Et là, vous allez le porter pour Tahiti-Espagne, Tahiti-Uruguay, Tahiti-vainqueur de la Can ! Trois affiches inratables…
C’est clair ! Et ce sera très important. Je suis le seul pro à pouvoir apporter mon aide au groupe. Personnellement, je n’ai plus rien à gagner. Mais j’ai l’occasion rêvée de faire une coupe des Confédérations. Tout joueur pro rêve d’en faire une. Mon pays est qualifié, j’espère pouvoir en être.

 

« Ça va être très fort pour moi de jouer avec le maillot de Tahiti au Maracana »

 

Jouer au Maracana de Rio avec dix autres Tahitiens contre l’Espagne serait plus fort qu’une sélection en équipe de France A ?
C’est difficilement comparable. Pour moi, l’équipe de France c’était l’aboutissement d’une carrière. Aujourd’hui, jouer au Maracana avec Tahiti, c’est la cerise sur le gâteau. Ça sera fort sur le plan affectif.

 

Fort sur le terrain aussi…
Oui, je vais jouer contre les Espagnols, contre des joueurs qui sont des exemples pour moi : Iniesta, Xavi… Ça sera énorme ! Mais il ne faudra pas être ridicules. J’espère qu’avec mon aide on pourra faire quelque chose. Il faut être réaliste, on ne gagnera pas la compétition. Mais on fera tout pour être à la hauteur.

 

Quelle a été votre première réaction lors du tirage au sort de la coupe des Confédérations samedi dernier ?
J’ai juste vu l’Espagne et j’ai dis : « énorme » ! Il va falloir y aller, il va falloir le jouer ce match ! On pourra dire un jour qu’on a joué contre les champions du monde et d’Europe en titre. C’est juste… énorme !

« J’ai déjà programmé mon retour à Tahiti après ma carrière »

 

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Vous imaginez-vous rentrer au Fenua après votre carrière ?
Mais bien sûr ! C’est programmé ! Je ne l’imagine même pas, tout est prévu (rires) !

 

Pour jouer à Temanava (Moorea) sous les ordres de votre père qui en est l’entraîneur ?
Non, non (rires). Quand je rentrerai, ce sera pour ne plus jouer au foot. Tout le monde me sollicite déjà, mais après 15 ans de haut niveau, je n’aurais qu’une envie : me reposer. J’ai assez donné. Par contre, plus les années passent, plus je m’intéresse au rôle de coach. J’ai envie de passer de l’autre côté de la barrière. Le foot, c’est toute ma vie, je ne sais faire que ça. C’est normal pour moi de passer actuellement mes diplômes, pour m’occuper des jeunes tahitiens plus tard. Quand on voit la qualification de Tahiti pour la coupe des Confédérations, ça montre qu’elle a de l’avenir. C’est une évidence pour moi de participer à cette vague montante et de faire partie de ces personnes qui vont faire monter le foot tahitien au niveau de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Il nous faut sortir de cette spirale qui fait qu’on nous voit comme des touristes, des vacanciers..

 

Comment expliquez-vous justement qu’un seul Tahitien, vous, joue en Europe, contrairement aux Antillais, aux Réunionnais et même désormais aux Calédoniens qui ont plusieurs joueurs en Ligue 1 et Ligue 2 ? C’est paradoxal quand on voit que Tahiti est en coupe des Confédérations…
De la qualité, il y en a pas mal chez nous. On a un fort potentiel. Le souci, c’est la mentalité. Ce n’est pas en nous de quitter le Fenua. C’est un sacrifice énorme. Pour moi aussi ça l’a été. Au début, je me suis dit, « ouh la la ! pourquoi j’ai tout quitté pour la France, ici il y a une température de fous, les mentalités ne sont pas comme chez nous ! ». Il a fallu que je m’accroche pour réussir. J’ai vraiment eu beaucoup de mal au début. Sans doute, les jeunes Tahitiens ont encore un manque de soutien à ce niveau. C’est compliqué à expliquer. Je ne suis pas, encore, dedans pour bien tout analyser mais c’est ce que je ressens.

 

Un Christian Karembeu a aidé le football calédonien par son image, ses actions, à sortir de son isolement. Un Marama Vahirua le fera sans doute…
Je l’espère ! Mais c’est exactement ce que j’aimerais. Le jour où j’y serai je pourrais transmettre mon expérience aux jeunes tahitiens. Leur expliquer ce qui les attend en Europe.

 

On dit que vous pourrez passer les fêtes de fin d’année à Tahiti. Vous confirmez ?
Non… Malheureusement. On a trois semaines de coupure dans le championnat mais le coach nous lâche seulement quatre jours ! Peut être qu’on fera un petit détour en France, on va essayer de grappiller un ou deux jours mais ce n’est pas évident.

 

Source : Outre-Mer sports www.outremersports.com/

Propos recueillis par Stéphane SISCO

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